Cyrille Husson, éveilleur du vide

par Josef Ciesla

sculpteur


Mieux que beaucoup, Cyrille Husson est un homme qui regarde le monde en sa perpétuelle dynamique, en son incessante transformation. Par ce regard, il scrute le vide aux fins de donner vie à des formes qui prennent l'espace en tentant de traduire au plus près son monde secret, sa conscience d'exister, son implication dans les possibles mieux-vivre des espaces urbains partagés, sa perception des désastres commis par l'homme, ses interrogations sur l'inconnu.

Il ne se tient pas à côté, non, il se tient à sa place en faisant vivre la matière qu'il sait dresser en défiant la pesanteur, afin qu'advienne des compositions qui jouissent de la révélation du vide et qu'émerge force, beauté et plénitude.

C'est une gageure que de saisir l'insaisissable, trouver la courbe qui va produire du sens, inventer une composition de lignes qui vont pénétrer l'espacepour le célébrer.

C'est en se mettant à l'écoute des vibrations du monde qu'il y parvient.

Dans cette volonté d'être, de créer, il a devant lui un long parcours d'éveilleur, avec une pensée prégnante: celle que le pire est peut être devant soi.

Gardant présent à l'esprit que Le vide est la forme. La forme est le vide.

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le travail de Cyrille Husson

par Jean François Nigon

président du Salon de l’Ouest lyonnais


Cyrille Husson est avant tout un instinctif. Guidé par son intuition, son acte de création est proche de la pratique des arts premiers. Sa démarche, spontanée, n’est pas inspirée par l’esthétisme.


Une statuette ou un masque africains sont traditionnellement créés dans un but de célébration religieuse ou animiste. Cependant, ces objets, toujours produits aujourd’hui à partir des matériaux qui tombent sous la main des sculpteurs, matériaux non nobles généralement issus de la nature, sont à la croisée du religieux et du profane : si la signification de ces objets, généralement très codifiée, appartient au domaine de la mystique, l’objet en tant que tel ne revêt pas de caractère sacré et peut tout à fait être soumis à des usages profanes. Cette double identité confère à ces objets un caractère ambigu et les place à la jonction du naturel et du surnaturel, quelque part entre le pragmatisme et la matérialité du corps d’une part et le caractère immanent de l’esprit de l’autre.


Le travail de Cyrille Husson s’apparente à cela.


Ainsi, sa statuaire est une expression brute: l’artiste nous met en face de la matière. Ses sculptures sont réalisées à partir d’acier, matériau le moins noble qui soit. Il n’y a pas ici de recherches convenues, pas de procédé artificiel. Le seul guide est l’instinct ; et le moyen, les techniques de construction simples et directes utilisées dans le bâtiment, sans procédé industriel. En ce sens, la sculpture de Cyrille Husson est profondément humaine : chaque élément qui la constitue est passé sous la main de l’artiste et a subi la morsure de l’outil; la dimension artisanale a laissé apparents les imperfections et les repentirs, comme les balises du chemin parcouru pour parachever l’objet, dans sa recherche de grâce et d’équilibre.
Ni modelées, ni taillées, les sculptures de Cyrille Husson sont construites. Au début, il n’y a rien. Ni bloc de pierre ni pain de terre, seulement un socle d’acier posé à plat sur le sol et au dessus, deux ou trois mètres de vide à remplir. Comme pour le sculpteur, à qui l’enfant demandait comment il savait qu’un cheval était dissimulé au cœur du bloc de marbre, il s’agit ici de « trouver » la sculpture, ou plutôt, de la chercher, dans l’espace, dans le vide qu’elle est destinée à occuper.


En ce sens, le travail de Cyrille Husson est une célébration : célébration de l’espace et des lois naturelles, sa sculpture  ne cherche pas à copier, engendrer ou créer autre chose que sa propre forme, en interaction avec son écrin spatial. Le sculpteur recherche l’évidence naturelle, qui relie la terre et l’air, qui passe par une forme de beauté brute faite de grâce et d’équilibre, celle qui crée le silence autour d’elle, qui impose la contemplation et, par là, arrête le temps pour ne laisser place qu’à la sensation pure de l’espace et de soi-même, immergé.


Bien sûr, le sculpteur s’inspire : de l’architecture déconstructiviste, de la nature, d’un vocabulaire symbolique souvent issu des mathématiques, « catalogue de signes » à utiliser comme des « briques » pour se jouer de la gravité et de l’équilibre et développer des formes aériennes en contraste avec la nature lourde et massive du matériau utilisé. Ainsi, son travail joue des contrastes : l’artificiel, la technique et la recherche d’évidence naturelle, la modernité (la temporalité) des formes et la recherche de l’immuable. L’absence d’académisme permet la liberté d’expression. Ses créations signifient au premier coup d’œil. Tout un univers est concentré dans une forme, dans un vide, dans un porte à faux improbable.


Et le regard circule. La force de l’abstrait prend ici tout son sens.


L’artiste est à l’image de sa création, sans détour, sans condescendance, il crée et nous fait le cadeau de son savoir-faire et de son enthousiasme. La simplicité et la force de son expression inspirent le respect devant la majesté de sa statuaire. La sémiologie nous apprend que la vie  est composée de signes, c’est à nous de les découvrir ici, en arrêtant le temps pour recréer notre propre univers à partir de celui de l’artiste